La réforme de la carte bancaire des demandeurs d’asile suscite la polémique

L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a repoussé au début novembre l’entrée en vigueur d’une réforme de la carte bancaire des demandeurs d’asile. Une controverse est née parmi les acteurs sociaux qui y voient un moyen de « pourrir la vie » des nouveaux arrivants.

En transformant en carte de paiement, l’actuelle de retrait d’espèces des bénéficiaires de l’allocation de demandeur d’asile, l’Office français de l’immigration et de l’intégration a déclenché une vive polémique. 

Annoncée au creux de l’été, le 23 juillet, par un courriel aux gestionnaires d’établissements d’accueil de migrants, cette modification devait être une simple manipulation technique applicable à partir du 5 septembre. La carte, sur laquelle est versée chaque mois l’Allocation pour demandeurs d’asile (ADA), d’un moyen de retrait d’argent liquide à une carte uniquement de paiement, sans que le montant de l’ADA ne change. Allouée uniquement pendant la procédure, l’ADA peut aller d’environ 7 euros par jour, soit quelque 200 euros par mois pour un célibataire, à plus de 400 euros pour un couple avec enfants.

Des cartes de paiement limitant le recours aux espèces

Avec cette future carte bancaire, tous les paiements devront s’effectuer dans les commerces (par terminaux de paiement électronique). Ne permettant plus de retirer de l’argent à un distributeur, avec le futur fonctionnement de la carte ADA, pour obtenir de l’argent liquide, il est encore possible de se rendre dans un magasin offrant le CashBack, Casino par exemple, faire un achat pour au moins 1€ pour pouvoir obtenir sans commission jusqu’à 59 euros de liquide par opération.

Pourtant, le milieu associatif et les établissements concernés, eux, y ont immédiatement perçu une manoeuvre politique visant à décourager le recours à cette aide versée actuellement à 151.000 personnes, pour environ 42 millions d’euros mensuels, ainsi qu’une mesure qui va à l’encontre des besoins des demandeurs d’asile.

En premier lieu, selon les associations qui regrettent l’absence de concertation, le nouveau fonctionnement avec 25 paiements mensuels autorisés (et 50 centimes par paiement facturés au-delà) risque de priver les utilisateurs de liquidités pour « les actes de la vie quotidienne », comme l’achat d’une baguette en boulangerie ou l’accès aux laveries.


L’organisme, sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, a annoncé avoir décalé au 5 novembre, soit de deux mois, la mise en place de la réforme, et donné « un délai supplémentaire aux opérateurs (…) pour qu’ils puissent équiper toutes les structures en terminal de paiement ».

Un gros changement pour les structures d’accueil?

Le report est toutefois insuffisant, balaye Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (Fnars), qui demande « la suspension nette » d’une « réforme dangereuse ». « C’est une réforme qui a pour objectif de pourrir la vie des gens », déplore encore le patron de la Fnars, un des organismes qui avait cosigné fin juillet un courrier à l’OFII dénonçant une « entrave à la libre disposition de l’allocation » qui « limite les possibilités d’accès à un mode de vie normal le temps de l’instruction » de la demande d’asile.

Pour lui, c’est aussi un coup porté aux associations et structures gérant l’accueil, pour lesquelles ce changement va générer d’importants investissements et une réorganisation logistique.

Au moment où se profile un débat parlementaire potentiellement inflammable sur l’immigration à la rentrée et que l’on rencontre des problèmes de campements de rue, abonde Pierre Henry, directeur de l’association France terre d’asile, cela apparaît comme une « mesure technocratique à rebours des nécessités et de la réalité du terrain ».

Source: Presse


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